voici le rapport d'orientation que j'ai présenté comme président de la Mission locale de pau-Pyrénées. Il y est question du rappport Schwartz, plus que jamais d'actualité...
Je veux tout d'abord remercier l'ensemble des participants à notre assemblée générale. C'est une journée importante pour la Mission locale pour faire un point d'étape et pour dégager ensemble des perspectives. Au coeur de nos préoccupations, la jeunesse, son présent et son avenir.
Une jeunesse maltraitée.
Pour préparer ce rapport d'orientation, je me suis accordé un plaisir, une respiration : la lecture du rapport Schwartz. Vingt-cinq ans après sa parution, la réédition en 2007 de ce texte fondateur des politiques de l'insertion pour la « remise en jeu économique et sociale des jeunes » permet de constater l'actualité des analyses et des propositions qui y sont avancées. Mais c'est aussi mesurer combien notre société reste bloquée quand il s'agit de faire à la jeunesse la place qu'elle devrait occuper. En 2008, l'avenir, selon une étude comparative de la Fondation pour l'innovation politique, réalisée auprès de 20 000 jeunes à travers le monde, les jeunes français l'envisagent avec crainte. Chômage élevé - avec 17,2% selon les chiffres officiels de l'INSEE pour le premier trimestre 2008 demeure plus de deux fois plus élevé que celui des 25/49 ans -, entrée tardive dans le monde du travail avec une précarisation croissante, difficultés à gagner son autonomie. Sans parler de l'image portée par la société sur la jeune génération. Pour Maryse Vaillant, psychologue, « nous sommes en France dans une société qui a peur des jeunes ( ...) on les caricature et on les utilise sur le plan économique. Mais le potentiel de la jeunesse, ses valeurs, sa capacité à s'émouvoir, sa capacité à entrer en solidarité, sa créativité, personne n'en parle ». La jeunesse, ce devrait être l'age des possibles. Or trop souvent, aujourd’hui, elle est l’âge des portes qui se ferment, l’âge où l’on vous dit « Ce n’est pas possible. Pas pour vous. Pas tout de suite.» Le passage à l'age adulte ne se fait pas sans heurts. Cet entre-deux fragile de l'existence peut comporter des pratiques à risque avec des mises en danger physique, mise en danger morale aussi. Les chiffres dont nous disposons ne peuvent que nous préoccuper : 48,7% des décès par accident, le suicide étant la seconde cause de mortalité chez les jeunes.
L'identité des Missions locales plus que jamais d'actualité.
Il ne s'agit pas d'être alarmiste, nous connaissons bien les ressources de la jeunesse, ses capacités. Nous sommes placés devant une grande responsabilité : aider les jeunes de 16 à 25 ans, à partir de leurs préoccupations, de leurs attentes, de leurs projets, à résoudre l'ensemble des problèmes que pose leur insertion professionnelle et sociale en assurant des fonctions d'accueil, d'information, d'orientation et d'accompagnement. On l'aura bien compris, dans un tel contexte ou les jeunes sont plus durement frappés que le reste de la population par la dégradation des conditions de vie, il nous faut bien évidemment consacrer beaucoup d'énergie à l'insertion professionnelle mais cela ne peut se faire en réduisant la voilure des actions nous positionnant dans le domaine de l'insertion sociale. Les deux sont étroitement liés. Cette approche globale constitue l'un des piliers de notre identité.
Contre la mise en concurrence, le choix de la concertation et du partenariat.
Aujourd'hui, le paysage national des politiques d'insertion des jeunes est très évolutif, les enjeux sont très importants. Je veux ici dire un mot sur le volet emploi du plan espoir banlieue et notamment sur les conditions de la mise en oeuvre d'un contrat d'autonomie pour les jeunes en recherche d'emploi résidant dans une zone couverte par un contrat urbain de cohésion sociale ( CUCS). L'annonce de ce nouveau dispositif a provoqué de nombreuses réactions et de fortes inquiétudes. En effet, pour mettre en place «le plan espoirs banlieue», sans la moindre concertation avec les structures, dont les missions locales, intervenant dans les quartiers, l'Etat a lancé un appel d'offre national, le 31 mars dernier, permettant ainsi à des opérateurs privés de se positionner sur l'accompagnement à l'emploi durable de plus de six mois, à la qualification ou à la création d'entreprise de 45 000 jeunes issus des quartiers classés en géographie prioritaire dans le cadre des contrats urbains de cohésion sociale. Ce qui est visé, c'est donc bel et bien le coeur de métier des Missions locales, le fondement de leur identité. L'Etat attend du futur opérateur les mêmes missions que celles décrites dans les protocoles 2000 et 2005 des Missions locales. Je rappelle que ces missions ont été validées par les financeurs des Missions locales, qu'elles sont décrites dans la circulaire CIVIS, qu'elles sont déclinées dans les conventions pluriannuelles d'objectifs (CPO) conclues avec les Missions locales, pour 2008, par l'Etat. Dans une période de restriction drastique des enveloppes financières des contrats aidés, de rigueur financière par la mise en place de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), il serait plus utile et plus efficace d'optimiser les dispositifs existants, de solliciter l'expertise des structures en place et qui bénéficie d'une forte expérience dans les quartiers, et de renforcer la concertation et les partenariats plutôt que de créer de la concurrence. On sait en effet pertinemment que la lutte pour l'insertion sociale et professionnelle des jeunes nécessite l'implication de toutes les énergies possibles, ainsi que la mutualisation de tous les moyens. L'insertion demande un travail partenarial de longue haleine, l'implication de l'ensemble des décideurs et des acteurs du territoire. C'est en tout cas l'esprit qui nous guide. La mise en concurrence – il est vrai l'enjeu est de taille , les missions locales constituant un marché avoisinant 700 millions d'euros- conduit à l'abandon d'une philosophie, celle portée par le rapport Schwartz, dont l'auteur s'inquiète aujourd'hui de l'avenir des missions locales. C'est l'avenir des jeunes les plus en difficulté qui est menacé si des opérateurs réduisent leur prestation à une simple mise au travail, évacuant la prise en charge globale ( orientation, accompagnement, insertion, logement, santé). Veillons à ce que ce contexte n'amènent pas les missions locales à réduire leur effectifs, dans un moment où il nous faut au contraire renforcer les équipes, et à abandonner des projets innovant, à réviser à la baisse la qualité de nos prestations. Notre mission de service public de proximité serait alors attaquée dans son coeur. Pour conclure sur cette question, je veux donc dire ici, comme président de la Mission locale de Pau-Pyrénées, combien ce volet emploi du plan espoirs banlieues organise un véritable gâchis de compétences actuelles, gâchis financier, et même, ce qui est plus grave, un gâchis vis à vis des objectifs visés. Bien évidemment, la Mission locale reste disponible pour toute concertation visant à l'amélioration des politique d'insertion sociale et professionnelle des jeunes dans les quartiers des zones urbaines sensibles.
Quelle intervention dans les quartiers populaires ?
Pour une intervention spécifique dans les quartiers populaires, nous pouvons inscrire notre action – ce qui est déjà le cas- dans le cadre des préconisations présentées le 7 février 2008 par le Conseil national des Missions locales et PAIO.
Quelques exemples d'actions :
mettre en réseau tous les acteurs locaux de l'insertion sociale et professionnelle qui travaillent sur les quartiers. Aller au devant des jeunes qui n'ont pas franchi les portes de la mission locale ou qui n'y sont pas fidélisés. Accompagner les jeunes dans une approche globale pour travailler sur les freins à l'insertion. Organiser un meilleur accès et une meilleure qualité de l'orientation professionnelle. Des actions d'informations et de sensibilisation sur la formation professionnelle, les métiers porteurs et les dispositifs d'accompagnement. des partenariats avec les entreprises pour la mise en oeuvre d'un processus d'intégration des jeunes des zones urbaines sensibles dans l'entreprise Améliorer la mobilité géographique des jeunes en milieu urbains.
La mission locale de Pau Pyrénées y travaille. Comme sur le quartier Saragosse, avec la création d'une antenne animée par une conseillère pour un accompagnement à l'emploi des jeunes, la mise en place de campagnes de communication spécifique sur les jobs d'été, avec, aussi, une information auprès des jeunes sur les secteurs professionnels porteurs comme l'aide à la personne, la métalllurgie. Ou encore dans le cadre de la convention signée entre la Mission et le Ministère des finances pour la préparation des jeunes aux concours administratifs. Sur le quartier du Hameau, la Mission locale a participé à la création du pôle emploi développement du hameau avec l'affectation d'un conseiller pour l'accompagnement des jeunes vers l'emploi. C'est l'opération 100 000 bâtisseurs, la participation à la mise en oeuvre de la clause d'insertion dans le cadre de l'ANRU, la collaboration avec l'ensemble des partenaires de ce territoire dans le cadre de l'accompagnement des jeunes. Pour les deux antennes, celle de Saragosse et celle du Hameau, la Mission locale aide à la création d'entreprise avec la Fabrique à projets, propose des soutien via le réseau de parrainage, intervient avec la médiation logement.
Il nous faut améliorer ce qui peut l'être, déployer nos actions et continuer à innover.
Quel projet d'avenir pour la Mission locale ? Quelle ambition ?
Le contexte national nous invite à ne pas nous endormir sur nos acquis, à ne pas ronronner. Nous devons aller de l'avant, développer nos missions, continuer à innover en plaçant les jeunes au coeur de nos préoccupations.
Cela demande une Mission locale mieux identifiée par les jeunes comme un service public de proximité pour toute question relative à leur insertion sociale et professionnelle. Nous devons davantage nous positionner comme un véritable centre de ressources pour les aider et les accompagner à chaque étape de leur parcours. Je pointe ici la nécessité de renforcer notre offre de service dans le domaine de l'emploi et de diversifier les réponses aux problématiques rencontrées par les jeunes. Il y a des questions émergentes dans la société concernant les jeunes qu'il nous faut appréhender. Concernant notre partenariat avec l'Etat et les collectivités territoriales, la Mission locale dispose d'atouts importants pour être reconnu comme un véritable acteur du développement local pour élaborer et construire des axes stratégiques d'actions auprès de la jeunesse. Je crois qu'il est possible, et souhaitable, de renforcer les accords actuels, d'en élargir le champ, avec nos partenaires institutionnels que sont l'Etat, la Région, le département et les structures intercommunales. L'ensemble des partenariats doit franchir une nouvelle étape : ce qui va nous demander de renforcer nos coopérations avec les entreprises. A ce titre, l'ambition que nous nous fixons pour la prochaine édition du village de l'emploi, avec plus de 130 entreprises représentées, illustre bien le niveau de l'ambition que nous nous fixons. Travaillons dans le même temps à développer une offre de service cohérente avec les deux autres Missions locales du Béarn. Développons notre action avec les acteurs du logement, après l'emploi, c'est aujourd'hui la question la plus discriminantes pour les jeunes.
Nous le savons, nous le mesurons tous les jours. Il peut arriver que les moyens d'actions habituels s'avèrent insuffisants ou inadaptés. De trop nombreux jeunes en difficultés restent en dehors des dispositifs mis en place. La Mission locale peut, seule ou avec d'autres, concevoir et proposer des réponses nouvelles avec des services, des actions, des ressources pour les jeunes de 16 à 25 ans. C'est je crois être fidèle à notre identité, à notre coeur de métier, que de se frotter aux réalités d'aujourd'hui en cherchant des réponses les plus adaptées possibles au contexte institutionnel, social et économique de notre territoire d'intervention. Sans oublier que des jeunes nous demandent d'être plus réactif à leur souhait de mobilité géographique, ou encore d'être des acteurs du développement local dans lequel ils ont choisi de vivre. De tels défis nous invitent donc à une meilleure efficacité dans l'action auprès des jeunes, dans nos partenariats, dans l'action auprès des entreprisses et des acteurs du développement économique.
Notre premier atout : l'équipe, les salariés de la Mission locale.
En sommes-nous capables ? Je le crois car nous disposons d'une très belle équipe. Lors de ma première rencontre avec les salariés de la Mission locale, j'ai été très fortement impressionné par la qualité professionnelle et humaine de ce collectif. Il y a des anciens, qui sont porteurs d'une histoire, d'une identité, et des plus jeunes qui posent des enjeux pour aujourd'hui et demain. Ils aiment leur métier, ils en parlent avec passion. Avec émotion aussi quand ils jugent que leur conditions de travail ne leur permette pas de donner le meilleur d'eux-mêmes. On ne peut pas faire face à l'une des questions les plus dures de la société, une jeunesse en mal d'avenir, quand on est soi-même fragilisé. Il faut donc une amélioration des conditions de travail, une réorganisation de l'équipe, très certainement un renforcement du dispositif de direction. Les dernières réunions du bureau et du CA ont permis de prendre les premières décisions. Notre assemblée générale fixera la feuille de route. Il ne faut pas décevoir les attentes des salariés. Je fais de cette question l'une des priorités dans mon engagement comme président de la Mission locale.
Vous pouvez aussi compter sur moi, sur les membres du nouveau bureau, pour défendre la Mission locale, la développer, la positionner fortement à l'échelle de notre territoire pour les actions d'insertion sociale et professionnelle des jeunes de 16 à 25 ans.
Je vous remercie.
